www.gynecomarseille.com

Réflexions: L'endométriose, c'est juste de règles douloureuses

J.P. Estrade 


 

Il paraît utile de connaître le phénomène schématique des règles pour comprendre toute la difficulté de l’interprétation des douleurs menstruelles. Les règles ou menstruations sont le résultat d’une desquamation et perte de la superficie de la muqueuse endométriale (l’endomètre) qui se traduit par l’émission mensuelle de pertes vaginales sanguines. L’endomètre est un tissu très complexe régulé par des hormones stéroïdiennes et des régulateurs immunitaires. Schématiquement le principal déclencheur des règles est la chute de la progestérone en l’absence de grossesse (en cas de grossesse cette sécrétion hormonale est maintenue). Cependant les menstruations sont aussi le résultat de phénomènes inflammatoires classiques (œdème des tissus, afflux de globules blancs) avec un phénomène d’ischémie et reperfusion très régulé et limité dans le temps. Cet équilibre instable peut être régulièrement rompu et entrainer des menstruations douloureuses et abondantes.

 

 

La diminution des saignements menstruels et de la douleur par la réparation de l'endomètre nécessite la régulation et la limitation de la réponse inflammatoire de l'endomètre, la vasoconstriction des vaisseaux sanguins endométriaux, l'hémostase (coagulation) et la reformation de la surface endométriale résiduelle lésée. Une inflammation prolongée augmentera le flux sanguin menstruel accompagné des douleurs menstruelles, la difficulté est de savoir si ces phénomènes d’inflammation menstruelle est le fait d’un simple déséquilibre hormonal (fréquent lors de l’installation des premiers cycles) ou de pathologies plus sévères telle que l’endométriose.

 

D’un point de vue épidémiologique 44% des femmes présentent des désagréments pendant leurs règles, 24% des femmes seulement osent parler de leurs règles avec leur partenaire et 19% n'ont jamais abordé le sujet avec personne, De plus 43% des femmes sont toujours gênées lors de l'achat de produits d'hygiène féminine. Chez les jeunes filles, les règles sont vécues comme un handicap, avec l'impossibilité de mener un quotidien normal (48%) à l'école et de la difficulté à suivre leur activité sportive (45%). Non seulement les règles douloureuses et abondantes ne sont pas forcément un signe d’endométriose mais beaucoup de femmes peuvent être orientées vers ce diagnostic entrainant des explorations stressantes. Même si les règles sont au premier plan du rythme du fonctionnement féminin d’autres signes douloureux ou non peuvent faire évoquer une endométriose.

 

C’est dans la sphère de l’intimité que de nombreux symptômes pouvant évoqués une endométriose peuvent évoluer. C’est notamment le cas des rapports sexuels douloureux ou dyspareunies. Il est essentiel de considérer le manque de repère concernant les sensations durant l’acte sexuel variant du plaisir à la douleur. Cette subjectivité est multifactorielle car le témoignage de cette intimité rencontre d’évidents obstacles. La jeune femme éprouvant des dyspareunies se verra souvent confrontée à la solitude de son syndrome aggravé par le manque de considération fréquent du monde médical. Aussi ce symptôme retrouvé très fréquemment dans l’endométriose sera longtemps non avoué participant sans doute au retard diagnostic de cette pathologie. Bien souvent associés à d’autres plaintes les dyspareunies peuvent être variables, d’une simple gène à une impossibilité d’avoir des relations sexuelles. Elles peuvent débuter dès les premiers rapports ou apparaître bien plus tard dans la vie de la femme, bien sûr en cas de dégradation majeure de la qualité de vie ce handicap peut être à l’origine d’une infertilité.

 

Avec les règles douloureuses, les rapports sexuels douloureux doivent aiguiller le médecin vers la recherche d’une endométriose par un examen clinique soigneux recherchant à reproduire cette douleur de façon fugace. Cette recherche soigneuse d’une endométriose le plus souvent du fond vaginal et/ou utérin permettra d’orienter le radiologue pour affiner la localisation d’une probable lésion. Dans cette situation la plainte évoquée par la patiente, le symptôme recherché par le médecin devra aboutir à des investigations permettant de s’orienter fortement ou non vers une endométriose.

 

Les signes digestifs sont également fréquents à type d’alternance diarrhée-constipation, nausées vomissements, douleurs « au ventre » non spécifiques pouvant être accentuées ou présentes seulement pendant les règles. D’autres seront plus spécifiques évoquant une endométriose rectale comme des douleurs importantes lors d’émission de selles surtout pendant les règles, ou avec une atteinte de l’appendice et de la région iléo-caecale (jonction intestin grêle et gros colon) pouvant se traduire par des occlusions intestinales brutales plus ou moins contemporaines des règles.

 

Les signes urinaires à type de douleurs à la miction, miction fréquente peuvent être en relation avec une endométriose extra vésicale ou vésicale et envahissement de la vessie souvent accompagnées de sang dans les urines (hématurie). Ces signes vont dépendre de la sévérité de l’endométriose pelvienne. D’autant plus que souvent d’autres signes moins spécifiques tels que les lombalgies, douleurs sciatiques, douleurs projetées dans les cuisses seront souvent associées.

 

De façon beaucoup plus rare et anecdotique un endométriose extra pelvienne peut se développer tel que qu’une endométriose pulmonaire avec émission de sang lors de la toux ou cérébrale avec convulsion, diaphragmatique et hépatique avec douleurs sous costales et/ou pneumothorax.

 

Tous ces signes seront fortement évocateurs d’endométriose lors de leurs présences pendant les règles. L’endométriose est une pathologie complexe dont la localisation, l’intensité, la dynamique et la chronologie sont propres à chaque patiente. Il n’existe pas une endométriose mais des endométrioses en fonction des patientes. Aussi les symptômes, trop souvent résumés aux règles douloureuses, devront être analysés, associés et interprétés pour donner tout son sens à l’interrogatoire de la patiente qui bien souvent oriente le médecin avertit pour une prise en charge optimale.

Retour
  • Prendre rendez-vous avec un spécialiste

  • Tél. : 04.91.75.86.70
  • Email :
  • Facebook Twitter Google+

Gynéco Marseille : Réflexions: L'endométriose, c'est juste de règles douloureuses